Littérature béninoise



Blaise Akplogan signe « Gbèkon », le journal du prince Ouanilo


La bibliographie béninoise vient d’enregistrer un nouveau livre intitulé  « Gbèkon », le journal du prince Ouanilo. C’est  une signature  de l’écrivain béninois résidant en France Blaise Akplogan. A travers une cérémonie somptueuse, le livre a été présenté au public le samedi 27 octobre 2012 dans les locaux de l’Intitut Cerco.

jackette du livre

Paru aux éditions Harmattan  en France, « Gbèkon », le journal du prince Ouanilo est un roman de 217 pages. C’est le 4ème ouvrage de l’auteur après « la Kola brisé », « les Noces du caméléon » et « Sètchemè ».   L’auteur  s’inscrit dans une démarche de valorisation et de promotion de l’histoire béninoise. Distribué au Bénin par la Librairie Notre Dame, le roman est vendu à 10.000 F Cfa. Présent au cours de la cérémonie, le professeur Jean-Pliya a confié que l’auteur à travers ce livre a joué un rôle de détective et d’un enquêteur. Il a poursuivi en laissant entendre que l’auteur Blaise Akplogan,  mérite  des hommages parce que selon lui, l’ouvrage est une fiction romanesque proche de la réalité qui retrace l’espoir et le rêve du Prince Ouanilo. De son côté, le professeur Jean-Michel Ahoyo a résumé la vie du prince en deux points : c’est quelqu’un qui est aimé par son père le roi Béhanzin, celui-là même qui l’a poussé  à aller l’école pour étudier et connaître davantage les blancs.  C’est quelqu’un qui aime également son père en telle vision qu’il exécuta les vœux de ce dernier, en somme c’est un modèle d’attachement familial qui mérite une thèse  précisait-il en second point. Pour l’auteur Blaise Akplogan, « Gbèkon », le journal du prince Ouanilo est une transfiguration artistique et littéraire du Prince. Le livre convie  disait-il à une pérégrination à travers le royaume du Danhomey.
Biographie
Né en 1958 à Porto-Novo. Etudes secondaires au C.E.S. Djassin à Porto-Novo et au Collège Aupiais à Cotonou. Baccalauréat série C en 1978. Ebauchées au Bénin dans la foulée de l'embrigadement des années révolutionnaires, ses études supérieures furent reprises et poursuivies en France à partir de 1981, d'abord à l'Université de Paris VII puis à Paris VI où il reçut une double formation en mathématiques et en sociologie. Une formation doctorale consacrée à La rhétorique du discours mathématique de Nicolas Bourbaki, achevée en 1996 à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, a fait le lien entre ces deux disciplines. Actuellement, il réside à Paris et enseigne les mathématiques parallèlement à ses activités littéraires. Il est père de cinq enfants.


Extrait de la Préface
LE DESTIN TRAGIQUE D’UN PRINCE DÉPOSSÉDÉ
Le Prince Ouanilo Arini Aristide BEHANZIN est né le 15 Décembre 1885 au Palais de GBECON- HOUEGBO, Palais privé du Roi AGONGLO. Sa mère, Lakoukou MASSE (famille BABAGBETO à OUIDAH), est une nago, d’origine servile. C’est pratiquement une tradition, dans la monarchie du DANXOME, que la mère du Souverain soit d’origine roturière ou servile, pour renforcer ses liens avec ses sujets, c’est-à-dire son peuple. Le Roi AGONGLO, huitième dans la dynastie des ALLADAHONOU en comptant GANYE-HESSOU, le Roi AGONGLO donc est le "joto" du prince OUANILO, c’est-à-dire qu’il est son père spirituel. Dans la tradition fon, cela signifie qu’il est né sous la protection de cet arrière-arrière-grand-père ! Quand les troupes françaises de conquête coloniale entrent dans Abomey le 17 Novembre 1892, le Prince OUANILO n’a que …sept (07) ans ! Avant cette issue fatale pour le Royaume, le Roi GBEHANZIN  décide de quitter sa capitale Abomey pour entamer la résistance en prenant le maquis. Pour des raisons que lui seul connait, il emmène avec lui, le petit prince Ouanilo. Ce choix le classe incontestablement parmi les préférés du Roi. Pensait-il en faire un héritier possible ? Lui seul le sait ! Toujours est-il que le prince Ouanilo sort du maquis à neuf(09) ans, à l’ombre et à la suite de son père, le 25 Janvier 1894, pour aller à la rencontre du désormais Général Alfred A. DODDS, à la place Goho. Désormais Ouanilo restera attaché à son père jusqu’à sa mort, offrant ainsi un modèle émouvant d’affection filiale. Il est à ses côtés pendant ses deux exils, d’abord en Martinique, pendant douze longues années (du 30 Mars 1844 au 1er Avril 1906 !) ; ensuite en Algérie, pendant quelques mois (de Mai à Décembre 1906 !). Pendant le séjour martiniquais, Ouanilo devient le secrétaire de son père, sa main de revendication, pour mener avec lui un combat épistolaire inlassable pour le retour au pays. Le Roi GBEHANZIN n’a jamais admis l’exil que lui a imposé le conquérant français. Il s’est donc battu pour retrouver la terre de ses Ancêtres ; surtout qu’il avait conscience de n’avoir pas achevé, comme il se devait, les obsèques royales pour son père, le Roi GLELE. Ce combat aboutit, en 1906, au transfert en Algérie. Mais ce second exil fut bref, car se retrouver en Algérie au lieu du Dahomey, a aggravé la mélancolie du Roi et abrégé sa vie. Il se termine donc par son décès, survenu le 10 décembre 1906 à l’Hôtel de Nice, 7h30 du matin, dans les bras de son fils Ouanilo. Désormais le Prince devient autonome par rapport à son père pour lequel il a vécu jusque-là. Ce décès, suivi du retour de la famille au Dahomey en Janvier 1907, plonge Ouanilo dans une profonde dépression (il a pensé au suicide !) d’où il émergera pour poursuivre ses études, d’abord à Alger où il obtient probablement le baccalauréat ; ensuite à Bordeaux, en France, pour ses études supérieures. L’exil en Martinique, au lieu de la rencontre avec le Président français, que DODDS lui a fait espérer, a certainement enlevé toute illusion au roi quant à une restauration possible en faveur de son fil Ouanilo. Mais il conservait certainement l’espoir d’en faire l’instrument de sa revanche. Il savait en effet qu’il avait perdu la guerre, face aux français, à cause de leur savoir, c’est-à-dire leur supériorité scientifique et technique. C’est pourquoi sa première préoccupation en exil, fut d’inscrire son fils à l’école, chez les frères de Ploërmel, près du fort Tartenson où le conquérant français l’avait "embastillé". Transféré ensuite en classe de 9éme au Lycée Schoelcher à Saint-Pierre (la première capitale de la Martinique avant Fort de France), le jeune prince devait poursuivre ses études, successivement à Fort de France, Alger, puis Bordeaux où il obtient sa Licence en droit le 23 Juillet 1912. Mais avant de se lancer dans les études de Droit, le prince Ouanilo avait demandé à préparer l’entrée à l’Ecole de Saint-Cyr afin d’intégrer l’Armée française et devenir citoyen. C’est compter sans la vigilance du colonisateur français qui mit tout en œuvre pour qu’il ne devienne pas un danger pour la poursuite de la colonisation du Dahomey ; mais aussi et surtout pour qu’il ne retourne pas chez lui, histoire d’éviter toute idée de succession, ou toute tentation de restauration. Le Prince Ouanilo se résout donc à faire des études de Droit ; puis la licence obtenue en 1912, il passe les examens lui permettant de devenir Avocat le 26 Juillet 1915, au Barreau de Paris. Sans doute le premier Avocat noir de l’Afrique Noire sous domination coloniale française, il figure incontestablement parmi les premiers Intellectuels dahoméens du premier quart du XXème siècle, à côté de Kodjo Tovalou Houénou, mais aussi de Louis Hounkanrin et de Paul Hazoumè. Pour en arriver là, il lui a fallu s’engager dans l’Armée française début 1914 et prendre part à la guerre. Ce qui lui facilita l’acquisition de la nationalité française. Il épouse le 16 Février 1916 Maria Valentina DUCAUD, fille d’un ancien conseil de France au Chili. De cette union, ne nait aucun enfant ; mais le Prince Ouanilo eut un descendant, pendant l’exil en Martinique, d’une relation avec sa grande soeur, la Princesse AGBOKPANOU (devenue Nan Dohouétoun au retour de l’exil !), la plus jeune des trois filles du Roi qui l’ont accompagné en exil. Ce descendant est le petit Prince Frédéric, né le 11 Mai 1901 à Fort-de- France; le premier petit-fils de l'exil. Etre avocat noir à Paris au début du XXème siècle ne devait pas être évident ! C’est pourquoi Le Prince Ouanilo démissionne du Barreau de Paris le 23 Février 1920 pour s’installer définitivement à Bordeaux où il devient employé de la Compagnie du Chemin de Fer du Midi , comme Chef du Contentieux. Désormais, il engage toutes ses énergies dans le combat pour le retour des cendres de son père, combat relayé sur le terrain par son grand frère, le Prince AWAGBE BEHANZIN, alors Chef de Canton dans la région d’Abomey, au Dahomey. En réalité, ce combat n’est que la continuation de la bataille épistolaire qu’il aida son père à mener, de son vivant, pour le retour au pays. Le long exil du Prince, de 1894 à 1928 (34ans !), pendant lequel il ne rentra que deux fois (la première fois en 1921 pendant 6 mois, puis la seconde fois en 1928 pour les obsèques du Roi à DJIME) ; ce long exil le transforme complètement : Moulé dans la culture française et ayant épousé une française, Ouanilo est devenu complètement étranger à sa culture. Au point qu’il vit un tragique isolement pendant les différentes phases des obsèques de son père au milieu de la grande famille rassemblée à DJIME. Marqué par son épouse qui ne le quitte pas d’une semelle, il vit des semaines difficiles de méfiance permanente (la hantise d’être empoisonné !) au milieu des siens. Comme l’a écrit ALBERT LONDRES dans "Terre d’Ebène", "suspect comme Blanc au Dahomey, suspect comme Noir en France". Il assiste, pratiquement en étranger, aux différentes cérémonies au cours desquelles, ses frères, ses soeurs, ses oncles ses tantes rivalisaient à travers les dons de pagnes, de boissons, d’animaux comme le veut la tradition. Devant toute cette générosité étalée, le fils chéri, le Prince Ouanilo, demeura tragiquement impuissant. Oui dira un jour le drame intérieur qu’il a vécu tout au long de ces obsèques ?
Dépossédé de sa culture, dépossédé de son pays (il vécut tout le temps en exil !) il fut également dépossédé d’un "héritage impossible". Le colonisateur français veille au grain pour limiter le développement intellectuel du Prince, perçu comme un danger pour la Colonisation française au Dahomey. Il fallait le maintenir loin de son pays d’origine, et n’envisager pour lui que des emplois subalternes. D’où le projet, dans un premier temps, de faire de Ouanilo un Enseignant dans une école de fils de chefs, de préférence en Afrique du Nord ou en Afrique Centrale, en tout cas, loin de l’Afrique Occidentale où se trouve le Dahomey. Ce projet ayant échoué, il fut envisagé ensuite de l’envoyer dans une……..

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